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« Ô fils de Dieu ! Après avoir promis à Dieu de
maintenir la paix dans votre pays et d'aider fidèlement l'Église à conserver
ses droits, et en tenant cette promesse plus vigoureusement que d'ordinaire, vous
qui venez de profiter de la correction que Dieu vous envoie, vous allez
pouvoir recevoir votre récompense en appliquant votre vaillance à une autre
tâche. C'est une affaire qui concerne Dieu et qui vous regarde vous-mêmes, et
qui s'est révélée tout récemment. Il importe que, sans tarder, vous vous
portiez au secours de vos frères qui habitent les pays d'Orient et qui déjà
bien souvent ont réclamé votre aide.
En
effet, comme la plupart d'entre vous le savent déjà, un peuple venu de Perse,
les Turcs, a envahi leur pays. Ils se sont avancés jusqu'à la mer
Méditerranée et plus précisément jusqu'à ce qu'on appelle le Bras
Saint-Georges. Dans le pays de Romanie, ils s'étendent continuellement au
détriment des terres des chrétiens, après avoir vaincu ceux-ci à sept
reprises en leur faisant la guerre. Beaucoup sont tombés sous leurs coups ;
beaucoup ont été réduits en esclavage. Ces Turcs détruisent les églises ; ils
saccagent le royaume de Dieu.
Si
vous demeuriez encore quelque temps sans rien faire, les fidèles de Dieu
seraient encore plus largement victimes de cette invasion. Aussi je vous
exhorte et je vous supplie – et ce n'est pas moi qui vous y exhorte,
c'est le Seigneur lui-même – vous, les hérauts du Christ, à
persuader à tous, à quelque classe de la société qu'ils appartiennent,
chevaliers ou piétons, riches ou pauvres, par vos fréquentes prédications, de
se rendre à temps au secours des chrétiens et de repousser ce peuple néfaste
loin de nos territoires. Je le dis à ceux qui sont ici, je le mande à ceux
qui sont absents : le Christ l'ordonne.
À tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur terre
ou sur mer, ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de
leurs péchés sera accordée. Et je l'accorde à ceux qui participeront à ce
voyage, en vertu de l'autorité que je tiens de Dieu.
Quelle
honte, si un peuple aussi méprisé, aussi dégradé, esclave des démons,
l'emportait sur la nation qui s'adonne au culte de Dieu et qui s'honore du
nom de chrétienne ! Quels reproches le Seigneur Lui-même vous
adresserait si vous ne trouviez pas d'hommes qui soient dignes, comme vous,
du nom de chrétiens !
Qu'ils
aillent donc au combat contre les Infidèles – un combat qui vaut d'être
engagé et qui mérite de s'achever en victoire –, ceux-là qui jusqu'ici
s'adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des
fidèles ! Qu'ils soient désormais des chevaliers du Christ, ceux-là qui
n'étaient que des brigands ! Qu'ils luttent maintenant, à bon droit,
contre les barbares, ceux-là qui se battaient contre leurs frères et leurs
parents ! Ce sont les récompenses éternelles qu'ils vont gagner, ceux
qui se faisaient mercenaires pour quelques misérables sous. Ils travailleront
pour un double honneur, ceux-là qui se fatiguaient au détriment de leur corps
et de leur âme. Ils étaient ici tristes et pauvres ; ils seront là-bas joyeux
et riches. Ici, ils étaient les ennemis du Seigneur ; là-bas, ils seront ses
amis ! » (Foucher de Chartres, Historie Hierosolymitana)
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